Piton Tortue
La Réunion
Marcher et se relier à la forêt
Né en 1964, Stéphane Gilles développe à La Réunion une pratique artistique singulière, fondée sur la marche pieds nus, l’observation et le récit. Depuis plusieurs années, il mène un projet conceptuel autour du Piton Tortue, un cratère de la Plaine des Cafres qu’il explore sous la forme de cheminements créatifs mêlant immersion sensorielle, mythe et réflexion sur notre lien au vivant.
Son travail s’ancre dans une attention particulière portée aux plantes endémiques et indigènes, notamment la Cordyline mauritiana, appelée localement Canne marronne. De ses feuilles fanées récoltées au sol, l’artiste invite les participants à tresser des bracelets. Ce geste simple devient une autorisation d’entrée dans ce qu’il nomme le “rêve de vrai” : un état où l’imaginaire et la présence au monde se rejoignent.
Pour Stéphane Gilles, le végétal n’est pas décor mais passerelle vers l’invisible. La tresse de Cordyline évoque un cordon ombilical symbolique, reliant l’humain au souvenir de son origine forestière.
Marcher pieds nus dans la forêt relève d’un choix conscient, autant poétique qu’écologique. Se rappelant que même leurs chaussures peuvent déplacer des espèces invasives, les marcheurs s’appliquent à se déplacer au contact de la terre, tout en douceur et en silence.
L’artiste déconstruit également le mythe de la forêt primaire : selon lui, les paysages sont souvent des reconstructions, nées de graines enfouies qui attendent des siècles avant de renaître. Observer la vigne marronne ou le Tan Rouge — arbre rare et sacré — devient alors un exercice d’attention à l’équilibre plutôt qu’à la domination.
L’artiste déconstruit également l’hypothèse de la forêt primaire. Selon lui, les paysages soit disant “vierges” sont souvent des reconstructions perpétuelles, nées de graines enfouies qui attendent parfois des siècles avant de renaître. Être présent, observer la Vigne marronne ou le Tan Rouge — arbre rare et sacré — devient alors un exercice de contemplation de cette harmonie plutôt que de domination.
Ses œuvres prennent parfois la forme de ready-made végétaux : branches transformées en figures, racines détournées, pierres et grains de sable devenant objets rituels. La marche elle-même devient sculpture vivante : un déplacement en zigzag, une danse dans la forêt où l’itinéraire compte plus que la destination.
Piton Tortue devient ainsi une métaphore du monde : une émergence, un rythme ancien, une case habitée. Pour Stéphane Gilles, la forêt n’est jamais vide d’humanité : elle est notre maison originelle.