Andrée Mathilde Etheve

Andrée Mathilde Etheve

Maître tisseur, designer textile

Madagascar

Andrée Mathilde Etheve — Tisser la biodiversité, valoriser la matière

Designer textile et maître tisseur née à Madagascar dans une famille réunionnaise installée depuis quatre générations sur l’île Rouge, Andrée Mathilde Etheve incarne une trajectoire singulière entre création, transmission et engagement territorial. Après des études aux Beaux-Arts en France, couronnées d’un grand prix pour ses travaux textiles, elle se spécialise dans le tissage traditionnel aux côtés du maître tisseur Georges Mattelon à Lyon, se formant aux métiers anciens de la Croix-Rousse et aux techniques de soie précieuses pour la haute couture. Elle consacrera douze années au tissage à la main et travaillera pour des maisons de haute couture telles que Yves Saint Laurent, Christian Lacroix et Emanuel Ungaro.

Ses recherches l’amènent également vers l’archéologie textile. En 1990, elle étudie les techniques de tissage de la sépulture de la reine mérovingienne Bathilde au CNRS et, en 1992, reproduit à l’identique sa cape funéraire pour le musée de Chelles, contribuant à la documentation scientifique des textiles anciens.

À la fin des années 1990, elle choisit de revenir à Madagascar et de consacrer son énergie à la valorisation des savoir-faire locaux autour du raphia, du coton et de la soie sauvage – fibres profondément liées à l’identité matérielle et écologique de l’île. Le raphia, issu des folioles du palmier Raphia farinifera, constitue une ressource végétale emblématique mais fragile, traditionnellement utilisée dans l’ikat, la vannerie ou le tissu cérémoniel.

À Mahajanga, elle fonde l’atelier Terre-La, où elle développe des procédés de teinture naturelle à partir de plantes locales (indigo, ficus, teck, cendres végétales) et une transformation textile maîtrisée qui dépasse l’artifice décoratif pour révéler une pensée du vivant dans la matière même.

Au cœur de son travail se trouvent non seulement la maîtrise technique et la créativité formelle, mais aussi une conviction écologique et sociale : préserver et reconstruire des pratiques textiles locales contribue à renforcer l’autonomie des communautés rurales, à protéger les ressources naturelles, et à réinsérer le raphia dans une économie de transformation plutôt qu’une simple exportation de matière brute.

Andrée Mathilde Etheve joue également un rôle de transmission : elle a formé des artisanes locales, favorisé l’émergence de coopératives rurales autour du parc d’Ankarafantsika, et a présidé l’Association des Femmes Entrepreneurs de Mahajanga, cherchant à rendre ces filières durables, respectueuses du milieu, et créatrices de valeur ajoutée sur place.

Au croisement de l’art, de l’artisanat et de la recherche écologique, son travail dépasse la simple production textile : il tisse une réflexion profonde sur le lien entre culture, matériaux naturels et développement durable dans un territoire où biodiversité et pratiques ancestrales sont indissociables.

Maître tisseur reconnue, Andrée Mathilde Etheve incarne la transmission d’un savoir-faire ancestral tout en affirmant une vision contemporaine du textile : chaque tissu, dit-elle, n’exige pas seulement de la patience, mais surtout de la passion.

Découvrez ses travaux

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