Artisan Bambou
Madagascar
Fafah — Le bambou comme seconde peau
À Ilafy, sur les hauteurs de Tananarive, Fafah a fait du bambou sa matière première, son outil de survie et son terrain d’invention. Derrière le nom Meubles en bambou Mada By Fafah, se dessine le portrait d’un artisan qui a transformé une contrainte en vocation. Après ses études, il hérite d’un terrain familial planté de bambous. Son projet initial est simple : couper et vendre la matière première à Tana. Mais le transport, long et coûteux, l’oblige à revoir ses plans. Plutôt que de vendre brut, il décide d’apprendre à transformer. Le bambou devient alors un matériau à penser, à plier, à assembler.
Aujourd’hui, le bambou arrive de l’Est de Madagascar, transporté en taxi-brousse jusqu’à Ilafy, puis acheminé à dos d’homme jusqu’à l’atelier, installé à côté de la maison familiale. Là, tout se fabrique en bambou : ossatures, montants, tablettes, cannages, jusqu’aux clous eux-mêmes. Fafah chauffe la matière pour la teinter sans la rigidifier, découpe, affine, assemble et ajuste à la main, avec des outils simples : feu extérieur ventilé par une roue de vélo, tranchoirs, marteaux et lamelles de papier utilisées pour mesurer.
Son catalogue s’élabore entre images découpées dans les magazines et photographies de ses propres créations. Certains modèles, initialement conçus en osier ou en rotin, sont adaptés à l’univers du bambou. Fafah réalise aussi des pièces sur commande, comme des bars ou des meubles spécifiques.
Les créations sont vendues directement par son épouse, sur le trottoir, à Tana. L’atelier, modeste, emploie au moins trois personnes, parfois hébergées sur place pour honorer les délais. Fafah ne cherche pas à produire plus, mais à être mieux vu. Il est ouvert à de nouveaux projets, à des collaborations, et se dit prêt à transmettre son savoir lors d’ateliers ou de démonstrations, si ces temps sont reconnus et rémunérés. Pour lui, le bambou n’est pas une matière d’appoint, mais une voie entière.