Artisane
La Réunion
Sonia Cazaux, quand la fibre devient langage
Il y a, chez Sonia Cazaux, une manière très précise d’écouter les matières. Le vacoa, la paille de chouchou, la fibre de bananier ne sont pas de simples ressources : ce sont des voix anciennes qu’elle s’efforce de faire résonner autrement. Après des années passées en Corée et à Madagascar, elle revient à La Réunion avec une certitude — l’artisanat dit quelque chose de fondamental d’un peuple, de son rapport au temps, à la terre, au corps.
C’est dans cette quête qu’est née OSE, un projet à la frontière entre artisanat et design. Sonia ne se contente pas de reproduire les gestes d’hier : elle les déplace, les affine, les confronte à d’autres matières comme le cuir, le tissu ou le métal. À travers le tressage, elle invente des objets où les nervures des feuilles deviennent motifs, où les fibres dessinent des lignes contemporaines.
Mais son regard ne se limite pas aux formes. Il se porte aussi sur les conditions de production. Elle défend une structuration des filières végétales, une gestion réfléchie du vacoa, l’idée que la ressource — même abondante — mérite d’être protégée, cultivée, transmise. Faire du beau n’a de sens que s’il s’accompagne d’un respect du vivant et de ceux qui le travaillent.
Autour d’OSE, Sonia construit aussi du lien : accompagnement des artisanes, ateliers, transmission des gestes, valorisation du travail des femmes. À travers chaque objet, elle tresse une autre histoire de l’île — une histoire patiente, collective, où création rime avec émancipation.