Artisan toit en paille
La Réunion
Couvrir avec la paille
À Saint-Paul, il existe des toits qui respirent. Des toitures épaisses, dorées par le soleil, tissées de feuilles sèches et d’histoires familiales. Derrière elles, il y a Jean-Wally Romély et son frère, héritiers d’un geste ancien transmis par leur père : fabriquer des couvertures en vétiver, comme on l’a longtemps fait à La Réunion.
Avec leur structure Paille en toit, ils perpétuent un savoir-faire discret mais essentiel. Le vétiver est coupé, séché, lié en bottes, puis fixé à la main sur des liteaux de bambou. Une fois la toiture posée, un filet vient protéger l’ensemble. Le résultat : une couverture végétale à la fois esthétique, isolante, et profondément adaptée au climat tropical.
Mais ce métier repose sur un fil fragile : la ressource. Le vétiver n’est pas encore véritablement cultivé comme matériau de construction. Il est récupéré selon les opportunités — sur des chantiers, chez des particuliers, parfois directement sur site. Pour sécuriser l’activité, Jean-Wally rêve de sa propre plantation. Une autonomie végétale, à la mesure de son ambition.
Car le projet va plus loin que la couverture.
Avec l’appui du laboratoire PIMENT et de Qualitropic, il engage une démarche de certification du vétiver comme isolant thermique et phonique. Une reconnaissance technique qui pourrait transformer une tradition en solution d’avenir. Avant 1996, le vétiver était considéré uniquement comme un produit agricole. Aujourd’hui, il frappe à la porte du bâtiment durable.
Contrairement aux idées reçues, ce sont surtout des particuliers qui font appel à lui : maisons, kiosques, bungalows. Les architectes s’y intéressent aussi, et une première maison écologique isolée en vétiver est en projet à Saint-André.
Jean-Wally voit grand : un hangar-atelier, un espace de stockage, un showroom, un lieu de transmission. Former, montrer, transmettre. Et continuer à bâtir avec ce que l’île offre — le vent, la fibre, et la patience.


