Artiste
La Réunion
Tresser les mémoires
À La Réunion, Ambre Maillot Yong-Sang explore le Mandaré, un ensemble de pratiques et de savoir-faire liés au tressage des fibres végétales. Artiste et designer, elle développe une démarche à la croisée de la recherche et du design contemporain, portée par une approche féministe et anticoloniale attentive aux histoires et aux gestes circulant dans l’océan Indien.
Initialement introduit sur l’île par les Malgaches, les pratiques de tressage se diversifient au fur et à mesure. Choka, Pay Chouchou, Vakoa, Zerb Rouz : chaque fibre possède ses caractéristiques, ses usages et son territoire. À travers elles se racontent aussi des histoires de déplacements, de migrations et de circulations des plantes et des savoir-faire.
Ambre s’appuie notamment sur la rencontre avec des tresseuses, ou mandarèz. Détentrices et passeuses de ces techniques, elles constituent un véritable matrimoine indiaocéanique. À leurs côtés, Ambre documente les pratiques, recueille les récits et expérimente à son tour, dans une démarche qui cherche moins à figer par la sauvegarde qu’à créer les conditions de sa continuité.
Avec son projet Diavolana, initié lors d’une résidence avec le FRAC Réunion, elle interroge notamment la rencontre entre l’histoire du marronnage et les théories du mandaré au travers d’un langage propre au design contemporain.
Ses recherches l’amènent également à suivre les plantes et les techniques au-delà de La Réunion. En Guadeloupe, elle rapproche le Vakoa du Bakoua ; au Mexique, le Choka dialogue avec le Maguey ou l’Henequen. Ces correspondances révèlent des circulations et des histoires liées par des trajectoires coloniales.
Ambre souhaite désormais poursuivre cette cartographie sensible des fibres, des gestes et des savoir-faire dans l’océan Indien, notamment en dialogue avec Madagascar et les îles des Mascareignes. À travers la collecte, l’expérimentation et la création, elle cherche à faire du design un espace de transmission autant que de transformation. Tresser devient alors une manière de relier : des fibres, des gestes et des générations, mais aussi des territoires, des histoires et des mémoires — pour imaginer de nouveaux objets sans perdre le fil de ceux et celles qui les ont précédés.






